Un peu d'histoire
La chapelle de Saint
Julien de Pistrin était encore à la fin du XVIII e siècle, le
centre d’une paroisse qui est signalée dès 1241 et le siège d’un prieuré uni,
dès le XVI e siècle au moins, à celui de Saint Jean Baptiste
de Bagnols sur Cèze.
Le nom de Pistrin est
d’ailleurs assez ancien. Un Pestrus de Pistrino apparaît comme témoin
dans une charte du mois d’Août 1191 ; Un Martinus de Pistrino et un
Bertrandus de Pistrino sont marqués aussi dans un acte d’avril 1216. Hélas les
documents sur la chapelle ne remontent pas aussi haut.
Saint Julien de Pistrin dont
se sont éloignées successivement les habitations modernes, a perdu en 1807, sa
qualité de paroisse.
C’est l’église de Colombier et celle plus récente et plus proche de Combe, qui
l’ont absorbé.
Les constructeurs de la chapelle ont suivi le plan
ordinaire :
La nef, de 13 mètres de longueur sur une largeur de 5 mètres 80 entre les
pieds-droits du doubleau, comporte deux travées voûtées en berceau et séparées
par un arc doubleau.
Il n’existe aucun contrefort à l’extérieur.
Comme nous l'indique l'inscription placée au dessus de la porte, on apprend
qu’elle avait dû subir les outrages des guerres religieuses et qu’une
réfection, très apparente d’ailleurs, a été nécessaire au commencement du XVII e
siècle.
En 1605, on profita de cette réfection pour agrandir le
monument par l’adjonction d’une chapelle rectangulaire donnant dans la deuxième
travée du nord.
Lors de la restauration , la première travée, presque
entièrement rebâtie, a été voûtée sur arêtes, c’est aussi le système qui a été
adopté pour la chapelle ajoutée .
Les murs latéraux, d’une épaisseur maxima de 1 mètre 70 sont ornés d’une seule
grande arcature par travée; les impostes en sont simplement moulurées, ainsi
que les cordons qui courent à la naissance de la voûte dans la nef et l’abside.
Deux fenêtres, ébrasées des deux côtés et percées dans l’axe de chacune des
travées, éclairent au midi l’intérieur de l’édifice;
à l’aplomb de la première s’ouvre l’unique porte à double archivolte
extérieure,
la deuxième rentrante et plus étroite;
l’imposte se compose seulement d’un bandeau et d’un biseau.
Si la façade occidentale ne présente pas de trace de porte, elle possède, par
contre, deux fenêtres, l’une au-dessus de l’autre: exemple assez rare dans la
région.
Toutes deux sont ébrasées à l’intérieur, mais la plus basse, qui est aussi la
plus large, l’est seule à l’extérieur.
L’abside est sur plan barlong; elle est profonde de 4 mètres et large de 5 mètres
8o à son ouverture. Le mur triomphal est établi, comme presque partout, sur un
arc plus élevé indépendant de la voûte absidale en cul-de-four.
Deux fenêtres, percées à une hauteur inégale, éc1airent l’abside, l’une est au
fond dans l’axe de l’édifice, l’autre au midi.
Toutes les deux sont en plein cintre avec ébrasement des deux côtés; leur
ouverture, à l’endroit le plus étroit, est amortie de façon à devenir rectangulaire.
La pierre d’amortissement, de celle du sud, est décorée sur sa face externe de
trois cercles méplats.
Il a déjà été dit que cette chapelle porte dans son appareil la preuve de sa
non homogénéité: il en est donc pour elle comme pour la plupart des chapelles
rurales de la contrée. On retrouve en effet, à Saint-Julien.de-Pistrin, le
moyen et le petit appareil mélangés, consistant en moellons équarris au
marteau, servant de base au mur absidal au mur latéral du nord et à la façade
de l’ouest. Les assises supérieures de l’abside et la plus grande partie romane
du mur sud, sont en moyen appareil, au milieu sont encore mêlées des chaînes de
petits moellons mais cette fois les pierres ne sont plus simplement équarries
au marteau, et leurs arêtes sont plus vives; les assises sont cependant encore
assez irrégulières
.
Le
moyen appareil, à joints plus fins, parfaitement coupé, extrêmement régulier et
orné de tailles en arête qui se remarque aux toutes dernières assises du mur
absidal et aux archivoltes de la porte et des fenêtres, qui forme toute
l’encoignure du mur latéral sud près de l’abside et qui se retrouve encore au
nord et à a l’ouest, pourrait faire supposer une troisième époque de construction,
ou plutôt des réparations très sérieuses opérées au XII e siècle.
Cependant il est difficile de se prononcer sur le caractère des travaux qui
ont amené sa présence. S’il n’y avait que la partie du mur méridional signalée
ci-dessus, on serait moins hésitant. Mais cet appareil n’existe pas que là. En
tout cas, il présente une différence assez notable avec les matériaux
précédemment employés
.
En 1605, lorsqu’on procéda aux réparations déjà signalées,
on se servit de moellons noyés dans le mortier pour rétablir les murs
supportant la voûte de la première travée et on exhaussa la toiture au-dessus
de la corniche primitive en l’appuyant sur une maçonnerie semblable. Les
pierres plates qui surélèvent le mur de l’abside, sont posées les unes sur les
autres sans liaison de mortier. Une ordonnance de l’intendant, en date du 13
décembre 1681, autorisa encore, avec la construction d’un presbytère voisin, la
réparation du clocher et un achat de cloche.
Pour la réparation du clocher, on se servit du moyen
appareil. Cet édicule, en forme d’arcade, a été bâti au-dessus du mur
triomphal. Assurément il a toujours été là, car un escalier, dont quelques
marches anciennes se voient encore près du rempant nord de la toiture, y
donnait accès.
Au dehors, la corniche de la nef, se compose de trois petits bandeaux
superposés en retrait; c’est une imitation non équivoque de l’architrave
antique.
Celle de l’abside est formée par un bandeau et un biseau, sur la tranche duquel
sont sculptées en faible relief des feuilles d’eau et des ornements tout
particuliers.
L’assise supérieure du mur joue le rôle d’un large bandeau
et la précédente sert de frise, avec sa décoration d’ornements géométriques en
creux dérivés de la grecque, et surtout de grains d’orge.
Les premiers sont rares et ne se rencontrent pas dans la région; quant aux grains d’orge ils sont très fréquents dans les monuments romans de tout le midi: on les trouvera dans la région aux églises de Connaux, de La Roque, du Pin, à la chapelle de Saint-Pierre de Castres, etc